mardi 31 octobre 2017

“Communauté”, “communautarisme”

Ces mots sont manifestement la devise de nos sociétés dites “occidentales”, redevenues tribales dans leur idéologie.
Reprenant la lecture du “Journal de Renaud Camus” que j’avais un peu délaissé depuis quelque temps, j’y découvre qu’une nouvelle chasse aux sorcières est lancée contre lui — à cause de deux “tweets” illustrant sa conception du “remplacisme global”. Il se moque aimablement, quelques jours plus tard, de voir Finkielkraut empêtré dans son désir de soutenir sa liberté de parole et celui de condamner des propos “inacceptables”… Je suis allé voir l’émission en question, d’Elisabeth Levy et Alain Finkielkraut, intitulée, sans ambiguïté possible, “RCJ” — “Radio de la Communauté Juive”. Effectivement, Alain Finkielkraut se débat comme il peut — il me fait même pitié ! Car si la parole de Renaud Camus est libre, et lui vaut procès sur procès… Finkielkraut, lui, parle dans le cadre d’une radio communautaire… ce qui n’est pas tout à fait la même chose !
J’aime bien lire Causeur, car on y trouve quantité de choses que l’on ne trouve pas ailleurs. Mais mon admiration est néanmoins tempérée par le fait que si ce magazine est si critique envers l’islamisme, c’est qu’il est ouvertement “sioniste” (par prudence, je mets des guillemets et précise que je ne fais ici que répéter ce qu’Élisabeth Lévy y a plusieurs fois revendiqué par écrit ! )
Autrement dit dans “Causeur”, une communauté s’en prend à une autre communauté — même s’il s’agit de “terrorristes” que l’on peut considérer comme des “dévoyés”…
Je déteste l’idée même de “communauté”. Je fus certes “communiste”, et l’idée de mes quinze ans d’appartenir à une “communauté internationale” me semblait bel et bien promettre un “avenir radieux”. Mais les chars soviétiques écrasant la révolte ouvrière à Poznan, puis en Hongrie, en 56, ont eu tôt fait de m’ouvrir les yeux sur une manière terroristed’apporter “la liberté” au peuple !
Je suis très vite redevenu ce que j’étais, c’est-à-dire un individu ; et donc individualiste !
Je constate avec une grande tristesse qu’en France et en Europe, sous la pression idéologique américaine et son obsession religieuse, l’idéologie dominante n’est plus celle des “Lumières”, celle d’un Voltaire ou d’un Diderot, mais désormais celle du “communautarisme”. Il faut appartenir à une “communauté” ou une autre, peu importe au fond laquelle, l’essentiel est de ne pas penser librement.
Pour moi toutes les “communautés” ne sont que des variantes de la religion… qui est le mal absolu ! (Je crois avoir encore le droit d’écrire cela ?)
D’une certaine façon, la campagne que mène sans cesse Renaud Camus contre la disparition de la civilisation “occidentale” souhaitée par la finance internationale a quelque similitude avec les campagnes que mena Ezra Pound contre ce qu’il appelait “l’usure”… Mais comme il le faisait à la radio de Mussolini (l’américaine ayant refusé, bien évidemment !), cela lui valut d’être enfermé à Pise, en 45, dans une cage de type “Guantanamo” puis condamné pour “trahison”… Et interné pendant dix ans !
Progrès ? Renaud Camus n’a pas (encore ?) été mis en prison. Mais c’est peut-être parce que nous ne sommes pas “en guerre” officiellement ? Les forces d’occupation que Renaud Camus dénonce ne sont pas militaires, elles sont “seulement” financières et idéologiques…
On peut penser (comme la plupart de mes rares lecteurs, je le sais !) qu’il délire… mais je trouve, moi, néanmoins, au-delà de son “aristocratisme” qui m’amuse, que sa réflexion est extrêmement intéressante, quand il associe le “fordisme” à ce qu’on appelle la “Shoah”. Je citerai ce passage que je trouve particulièrement lucide, et que les “antifa” si sûrs d’eux-mêmes devraient lire et méditer avant de prononcer leurs anathèmes… :

Si je devais résumer d’un mot ou d’un tweet ma pensée je dirais : les usines de la Ford allemande étaient contiguës aux camps de la mort. Cest la même histoire, et elle continue : certes les camps de la mort ont été libérés et fermés, mais la standardisation taylorienne, elle, a brillamment surmonté les épreuves de l’ère post-industrielle et de la davocratie directe, gestion du parc humain par la finance hors-sol, sans l’intermédiaire politique, ce dont le macronisme nous donne en France un exemple d’une clarté d’école, en éliminant le microcosme, en renvoyant tous les ténors à leur MP3, en peuplant l’Assemblée nationale d’un ramassis de zombies hagards, en ruinant et détruisant les pouvoirs locaux et surtout, surtout, en faisant exploser les grands partis traditionnels. Substitution ethnique et davocratie directe sont les deux mamelles du remplacisme global. Les boîtes à hommes des mégapoles, où les travailleurs ne peuvent même pas se tenir debout, sont les héritières des châlits d’Auschwitz. Les industries de la MHI reprennent le travail interrompu en 1945, en veillant à y moins compromettre leur image et s’assurer de meilleures recensions critiques. Il s’agit toujours de faire de l’homme un produit : des abat-jour, du savon, une carte de crédit, des mères-porteuses, des robots, de la cendre. Mais le génocide présent ne se donne même plus la peine de tuer. Ou plutôt il liquide les peuples, pas les hommes, réduits au statut de consommateurs, plus encore que de producteurs.
Finkielkraut et la plupart des commentateurs veulent voir dans la Shoah un phénomène unique, incomparable, incommensurable à la suite des temps, totalement isolé. J’y observe au contraire le noeud de l’histoire, le coeur des ténèbres, un diamant noir irradiant la mort en continu, l’aleph vers quoi convergent et d’où partent tous les chemins du désastre et de la déshumanisation, le formidable laboratoire central où tout notre présent est forgé, en permanence. Je crains que nous ne puissions nous entendre.
(Extrait du “Journal de Renaud Camus”, daté du 29 octobre 2017.)

Pour moi qui ai visité Dachau en 51 et vu de près les conditions de travail de mes camarades tourneurs chez “Panhard & Levassor” à la même époque, j’ai tendance à penser que le fascisme n’est pas forcément là où il est aujourd’hui commode de le dénoncer, pour se donner bonne conscience. En tout cas, certainement pas chez Renaud Camus !

Lecture : Gérard Berry : “L’Hyperpuissance de l’informatique… ”

Ah ! Voilà par contre une lecture roborative et réjouissante ! Pas “optismitique” pour autant, lucide, elle aussi, mais une vision extrêmement intéressante de l’évolution de la société sous l’angle de la numérisation exponentielle qui s’en est emparée…
Nous avions entendu cet homme-là (Professeur au “Collège de France” et pas du tout “rabougri” !) parler de son livre à France-Culture, et nous avions été captivés par la clarté et l’intérêt de son propos… La preuve : il disait des choses que j’ai répétées à mes étudiants pendant des années !  😉 Du genre : « Ce n’est pas la machine qui a commis une erreur… C’est vous qui ne savez pas vous en servir ! C’est vous qui avez fait une erreur de manipulation ! »
Idem pour les “bugs” : « ce n’est pas l’ordinateur qui a un bug… c’est le logiciel. C’est le programmeur qui a commis une erreur… La machine elle-même est absolument stupide ! Elle ne comprend absolument rien à ce que que vous êtes en train de lui faire faire ! » etc.
J’ai donc immédiatement acheté ce livre… Mireille m’a dit :
— Tu l’achètes comment ? En numérique ou en papier ?
Je lui ai lancé, avec un regard courroucé :
— Tu ne voudrais tout de même pas que j’achète en papier un livre traitant d’informatique ?

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Je vais lire ce livre “incessamment sous peu”.

“Tout doit disparaître !”

Un peu sur le mode des publicités magasinières, je procède à l’épluchage et à la destruction de quantité de vieux documents : dossiers concernant ma thèse, dossiers contenant des travaux sur des textes médiévaux, travaux proposés (et refusés ! ) à certains éditeurs, travaux concernant l’activité du “Service informatique” à la Fac de Lettres etc… etc…
Je ne jette pourtant pas encore, tout — mais ne conserve que très peu de choses : les exemplaires de “Arts & Lettres” et de “Brèches”, l’éphémère revue créée en 67-68 avec Henric et “Koff”. Quelques coupures de presse concernant mon activité des années 70-71 dans le cadre de la “Cave aux poètes”… Des poèmes inachevés et/ou inutilisés, des textes destinés à “Marées” — devenu “Mer Intérieure”, que peut-être je vais relire et utiliser pour les ajouter à ce petit livre toujours en gestation. Un certain nombre de ces documents, d’ailleurs, je les possède peut-être déjà en numérique, il faudra que je vérifie cela.
Mais le plus gros problème concerne le courrier : plusieurs gros dossiers de courriers manuscrits à Mireille, à des ami.e.s. (à la mode “inclusive” !) J’ai été tenté de jeter tout. Mais l’idée de mettre cela à la déchetterie me répugne… outre le fait que, même sans tomber dans la parano, je n’ai pas envie que “quelqu’un” puisse en récupérer, même des bribes… Alors je vais peut-être les conserver, les photographier-numériser, plus tard, quand nous serons réinstallés, et alors je les détruirai, mais avec une machine “déchiqueteuse”, comme on le fait dans les ministères qui changent de camp, pour les documents “sensibles” !

Éloge de l’écriture

Ce qui est très curieux, c’est que de sortir ces liasses de lettres parfois encore dans leurs enveloppes, me donne envie de me remettre à écrire à la main. Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard si j’ai remis en marche hier mon vieux “Mont-Blanc”… ? Dans ces dossiers de “correspondance” se trouvent aussi des lettres tapées à la machine, et des lettres imprimées par une imprimante, mais souvent composées dans une police qui imitait l’écriture manuscrite… Je me souviens d’ailleurs qu’il existait des logiciels qui prétendaient pouvoir générer des caractères ayant la forme de ceux que l’on traçait soi-même avec un stylo ! Mais même ainsi, quand je compare une page imprimée (j’ai envie de risquer le néologisme “imprimantée” !), avec une véritable page manuscrite, la qualité subjective de la deuxième est évidemment sans commune mesure avec l’autre qui, même si les caractères employés ressemblent aux miens, sont bien trop réguliers pour tromper l’oeil, même un instant !
C’est d’ailleurs pourquoi je m’étais beaucoup intéressé, à un certain moment, à ce que pourrait nous offrir en ce domaine l’écriture sur écran : cette fois on devait pouvoir écrire vraiment !
J’ai déjà raconté comment cette expérience n’avait pu aboutir, et pas seulement parce que les logiciels étaient encore trop frustes, mais aussi et surtout parce que mes correspondants, pour la plupart “n’aimaient pas” cela, et se plaignaient du manque… de standardisation de mes missives !
Peut-être y reviendrai-je cependant — si les logiciels ont évolué dans le bon sens ?

Feuillets d’automne  : “Roland Furieux” – Chant XII, 33-36.

Pour rejoindre son lointain royaume d’Orient, Angélique a réussi à s’échapper du château enchanté d’Atlante, et trois chevaliers se sont lancés à sa poursuite : Roland, Sacripant, Ferragus.
Mais Angélique se montre maintenant sous un jour bien différent : elle n’est plus la malheureuse enchaînée aux rochers, c’est une féministe avisée, qui revendique sa liberté ! Elle avait d’abord envisagé d’utiliser successivement ses trois amoureux transis, mais voyez comment elle se ravise…

NOTES

MHI : “Matière Humaine Indifférenciée” – expression et sigle forgés par Renaud Camus.